Le 18 mai dernier ont eu lieu, à la Plaine Images, les 5èmes Rencontres de l’édition numérique avec pour thème principal : l’édition touristique au cœur de l’innovation.

Les tendances du tourisme s’inscrivent en effet toujours plus dans la quête de personnalisation, d’authenticité et d’expériences uniques avec l’Autre. Le développement technologique accéléré apporte quant à lui son lot de nouveaux usages. A la croisée, un champ des possibles quasi-infini semble s’ouvrir à l’édition touristique qui fourmille d’innovations éditoriales, de nouveaux services, de formats hybrides pour répondre aux attentes des explorateurs d’aujourd’hui et de demain. Valorisation du patrimoine, brochure touristique, guides de voyage… autant de sphères de l’édition qui ont entamé leur mutation. Les 5° Rencontres de l’édition numérique vous invitaient à appréhender les nouveaux visages de l’édition touristique à la lumière des usages des voyageurs et des innovations éditoriales comme technologiques à travers des tables rondes, des workshops et un espace showcase.

Après un mot d’accueil des organisateurs (le CRLL -Centre Régional des Lettres et du Livre-, l’Association des éditeurs Hauts-de-France, le PILEn -Partenariat interprofessionnel du livre et de l’édition numérique – BE- et la Plaine Images) et une ouverture par Frédéric Leturque, maire d’Arras et Président du CRT Hauts-de-France, Pascale Argod, Grand Témoin de la journée, docteure et chercheuse au MICA de l’université de Bordeaux, auteur de l’ouvrage « L’art du carnet de voyage » (Gallimard-Alternatives, 2014), a donné une introduction passionnante : « La médiation de l’expérience viatique : de l’authentique, du tourisme créatif et du transmédia ». Cette introduction a permis à l’ensemble des participants de prendre de la hauteur face aux nouveaux usages du voyageur comme aux évolutions technologiques.

Écoutez le mot d’accueil des organisateurs

Écoutez l’introduction de Pascale Argod

 

La première table ronde fut ensuite consacrée aux mutations du guide touristique :  Le guide touristique opère sa mue. Mais le catalogue de bonnes adresses sur du papier jauni est-il vraiment dépassé ? Les innovations actuelles et à venir ne sont-elles pas d’ordre éditorial autant que technologiques ? Comment répondent-elles aux nouvelles attentes du voyageur ? De nouvelles chaines de valeur émergent-elles ?

Elle était modérée par Blandine Lebourg, en charge de la veille et de la prospective pour la Plaine Images. Plusieurs intervenants issus d’horizons différents ont échangé sur les évolutions du guide touristique : Baptiste Manin, Trips Manager chez Airbnb France, Anthony Dufour, directeur de Hikari Editions, Clément Dejean, fondateur de ZigZao, Anne Le Gal, journaliste de formation, co-fondatrice d’Indie Guides, Audrey Ménanteau et Clément Fiori, co-fondateurs de Tripilli, Arnaud Lecompte, responsable digital chef Nord Compo.

Revivez les échanges via le podcast de la table ronde.

La seconde table ronde interrogeait la place de l’édition dans l’offre patrimoniale : L’offre patrimoniale s’est considérablement étendue et diversifiée au cours des dernières années. Quelle place occupe l’édition touristique dans la mise en valeur des sites historiques ou encore des visites patrimoniales ? L’introduction du digital induit-elle un changement de paradigme ? Quels sont les nouveaux modèles de valorisation du patrimoine et de médiation ?

Elle était modérée par Dominique Tourte fondateur des éditions invenit. Différents intervenants ont présenté leurs travaux sur la question patrimoniale et échangé sur cette question : comment faire d’un bien commun une expérience singulière ? : Florence le Taillandier, directrice du développement chez Hachette Partenariats,  Isabelle Masson Loodts, auteure de « Paysages en bataille » et Etienne Jaxel-Truer, cofondateur du studio EJT-Labo, Antoine Matrion, chargé du patrimoine scientifique au sein de la ComUE Lille Nord de France et membre de Museomix Nord, Thierry Ducret, directeur du CR2L Picardie, Don-Mathieu Santini, professeur à l’université de Corté, Jean-Philippe Gold, directeur du CRT Hauts-de-France.

Revivez les échanges via le podcast de la table ronde.

Des pitchs ont rythmé la matinée et apporté un autre regard sur le tourisme de demain. Dorian Vacher, ingénieur Polytech en Informatique et Gestion, a développé, en collaboration avec le centre de clientèle d’IBM Montpellier, un prototype d’assistant virtuel utilisant les techniques d’intelligence artificielle d’IBM Watson. Après une description de l’intelligence artificielle et des enjeux associés dans le monde du tourisme, ce retour d’expérience illustra comment utiliser les services cognitifs IBM Watson pour favoriser la découverte touristique. Charlotte Landry et Quentin Warnant, fondateurs d’Augmenteo ont, quant à eux, présenté un jeu de piste clés-en-main utilisant la réalité augmentée : Hackeo. Un parcours ludique et innovant pour les visiteurs.

Écoutez le pitch de Dorian Vacher : L’intelligence artificielle, futur de l’industrie du tourisme ?

L’après-midi fut consacré à la découverte de projets exposés dans le showcase et à différents workshops.

Revivez le workshop sur la révolution des Offices de Tourisme via le podcast

Revivez le workshop sur la place des catalogues d’exposition dans les musées via le podcast

En guise de conclusion, Pascale Argod propose ce retour de la journée :

L’édition numérique est un enjeu pour le tourisme, premier secteur touché avec l’émergence d’un « voyageur hypermoderne » (Jaureguiberry et Lachance, 2016) mais aussi pour la médiation des destinations à travers le guide touristique en mutation. Comment concilier une complémentarité ouvrage et numérique ? Comment tendre vers une intermédialité du guide touristique ou, mieux, vers un storytelling transmédia (Bourdaa, 2015) ? Comment médiatiser ce qui «relève d’une situation hyper-touristique marquée par l’exacerbation, la généralisation et la transversalité des phénomènes touristiques dans nos sociétés non pas post– mais hyper-modernes» (Gravari-Barras, 2015) ?

Suite à mes trois articles de recherche publiés sur la médiation touristique (Vi@ Review, Espaces – Mondes du tourisme et Téoros au Canada), il me semble que le numérique ouvre les horizons de la créativité des genres éditoriaux afin d’hybriditer celui de « ouvrage-carnet-guide-application » (voir L’art du carnet de voyage. Gallimard, 2014). Il s’agit de croiser le profil du voyageur (T. Todorov) avec le rôle de l’éditeur afin de déterminer une stratégie de contenu axée sur l’immersion, le service, la mise en relation avec une communauté, la temporalité du voyage en temps réel, la planification pratique et simplifiée. Comment personnaliser au mieux le contenu pour suggérer les découvertes (cf. table ronde de Blandine Lebourg) ? Comment aider le voyageur, de plus en plus exigeant, qui souhaite voyager par soi-même « hors des sentiers battus » (profil du touriste axé sur l’indépendance et le besoin d’originalité) ? Comment médiatiser l’authentique (plus que le pittoresque) qui est au coeur de sa quête viatique ? Comment valoriser « le slow tourism » et « la pratique du tourisme off » (Gravari-Barbas, Delaplace, 2015).

Aussi, durant cette journée foisonnante, la réflexivité, la distance critique, la confrontation des productions ont été facilitées par le croisement des regards de différents acteurs (chercheurs, éditeurs, ingénieurs développeurs, auteurs…). C’est dans ce lieu incubateur d’idées et de projets que se tissent l’imaginaire (Imaginarium – Plaine Images) et la créativité. Ce temps d’échanges a permis de faire émerger les axes de la médiation touristique, de partager des innovations techniques, d’évoquer les trois temps du voyage (avant, pendant et après) qui semblent fusionner pour sacraliser « l’instant vécu » afin d’en faire une expérience singulière (cf. table ronde de Dominique Tourte). Que ce soient grâce à l’intelligence artificielle, à la réalité augmentée ou à la gamification, la révolution numérique souhaite valoriser les territoires, l’attractivité et l’identité territoriales. Comment s’immerger et mettre en valeur la culture locale, patrimoine immétériel (Don-Mathieu Santini) et sauvegarder les savoir-faire régionaux ?  Par l’interaction entre les habitants et les touristes, l’un médiateur de l’autre et vice – versa ? Par un « storytelling du témoignage »  et de l’émotionnel? Comment médiation virtuelle proposée aux musées (Workshops d’Isabelle Roussel) ?

La sensorialité (approche par tous les sens), l’authentique rencontre (habitants et expatriés), l’émotion suscitée (développement personnel), la personnalisation de l’itinéraire (mémorable) et le partage en temps réel ou la communication de l’expérience à postériori du voyage semblent oeuvrer pour une « humanisation » du guide de voyage. Aussi, développer un marketing émotionnel et un « storytelling du témoignage » serait à investir, ce que le carnet de voyage, du livre d’artiste au blog de voyage, a déjà développé (voir la 18e édition du Rendez-vous du carnet de voyage à Clermont-Ferrand et les éditeurs « régionaux » de carnets de voyage).

Alors que des manifestations nationales sur le numérique émergent depuis quatre ans (Tourisme numérique à Deauville, Blogueurs de voyage – We are Travel à Bruxelles, Web Influenceurs à St Raphael…), il semblerait pertinent que chaque région (redéfinie, ici la Région Hauts de France) puisse penser la médiation de son patrimoine matériel et immatériel, investir une construction identitaire de l’espace régional, déterminer une identité territoriale à promouvoir. La communication numérique autant que la création de nouvelles productions y oeuvrent en lien avec les habitants, acteurs de leur territoire (voir l’expérience « Villes et villages musées » initiées en 2016 par l’Ecole de Design Nantes Atlantique).

Selon les propos de Jean-Philippe Gold, Directeur du Comité Régional de Tourisme Hauts-de-France: « le tourisme communautaire devient un tourisme tribal qui fait vibrer, ancré sur l’authentique ». De plus, cette belle réflexion place l’échange (tribu), le retour aux sources (nature) et la construction de soi (peuple) au coeur de l’émotion et de l’expérience singulière, c’est du moins ce que j’ai retenu de cette journée si foisonnante. L’envie d’originalité éditoriale et de personnalisation auctoriale suivrait la tendance de l’individualisation du tourisme.
Avis aux créateurs, à vos écrans et tablettes pour lancer de nouveaux projets !

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